14 Janvier 2014 : Rencontre avec Judith Shamian, Présidente du CII

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De haut en bas et de gauche à droite : Philippe Bordieu, Vice-Président ; Brigitte Lecointre, Présidente ; Isabelle Sanselme, Vice-Présidente ; Brigitte Herisson, Secrétaire Générale ; Christophe Debout, Directeur du département des Sciences Infirmières à l’EHESP ; Judith Shamian, Présidente du CII.

Rencontre avec Judith Shamian, Présidente du Conseil International des Infirmières

Le  14  janvier  2014,  dans  les  locaux  de  l’EHESP  à  Paris

Compte-Rendu par Florence AMBROSINO.

Les   membres   du   bureau   de   l’ANFIIDE   étaient   présents   ainsi   que   la   délégation   nationale   de   l’Ordre   Infirmier, la présidente du FINE, le  président  de  l’ANPDE,    la représentante du GIFE, la représentante des infirmiers de pratique avancée et des journalistes de la presse professionnelle.

L’ouverture   est   faite   par Brigitte   Lecointre,   présidente   de   l’ANFIIDE,   qui   remercie   chaleureusement   Judith Shamian   pour   sa   visite.   Cette   année   l’ANFIIDE fête ses 90 ans. Au nom de tous les professionnels  de  santé  elle  tient  à  remercier  Christophe  Debout,  directeur  par  intérim  de  l’EHESP  et   surtout « super VIP » de la profession de par le monde et en particulier promoteur des pratiques avancées.

Le  thème  de  l’après-midi est donné : « travailler ensemble ».

Malgré des activités diverses, la profession doit rester unie et se fédérer pour garder son identité unique. Depuis 2006, nous avons un ordre  national  qui  nous  donne  le  pouvoir  de  dire  ce  que  l’on  fait   et de le faire.

Christophe Debout fait une présentation très complète de la situation infirmière en France, présentation en Anglais, « nursing in France :  where  it’s been and where  it’s  going » (2).

J. Shamian réagit de façon très enthousiaste à cette présentation claire, grâce à laquelle elle dit avoir désormais une très bonne compréhension de la situation en France.

 Ses commentaires sur la situation infirmière en France

La France si situe, avec la Belgique, au sommet de la pyramide des pays francophones et à ce titre elle  se  doit  d’aider  les  autres  pays  dans  leur  évolution (en particulier les pays d’Afrique francophone). Elle   possède   un   pouvoir   d’influence   assez similaire à celui du Quebec. J. Shamian fait référence au nouveau Brunswick, qui propose des partenariats intéressants et est également en plein développement de la science infirmière. La France ressemble au contexte canadien  d’il  y  a  20  ou  30   ans, et ne doit pas se décourager car le succès viendra.

Un des aspects primordiaux au développement de la science infirmière est la création et le soutien de l’ONI, qui est un puissant levier pour une approche politique de la profession. Un conseil essentiel est donné :   favoriser   le   développement   de   l’ONI. Il doit également trouver un soutien auprès des associations et groupes de patients, qui doivent être conscients que pour avoir une prise en charge de qualité un ordre infirmier puissant est nécessaire.

Concernant la formation, la réingénierie du diplôme et la formation des formateurs, là aussi la France a la même réaction que le canada, et cette réaction est normale : les formateurs ne sont souvent pas intéressés  par  l’universitarisation, par peur de leur propre avenir professionnel, de ne pas pouvoir suivre le processus au niveau individuel. La meilleure conduite à tenir est de les accepter comme ils sont et de les accompagner et encourager à se former eux-mêmes. La résistance au changement a la vie dure. Le Canada a mis longtemps à obtenir la licence pour les Ide et le gouvernement semble même vouloir faire machine arrière, mais les IDE ne le veulent pas. Une métaphore biblique est donnée à propos des juifs enfuis d’Egypte qui tournèrent en rond pendant 40 années dans le désert : « les esclaves ne peuvent devenir indépendants du jour au lendemain ».

La   même   attitude   est   d’ailleurs   préconisée   quelques   minutes   plus   tard   face   aux   IDE   « d’avant   la   réforme », non titulaires   d’une   licence.   Les   accompagner,   valoriser   leur   expertise   car   les   jeunes   diplômés en licence auront besoin de l’expertise des plus anciens pour se construire.

Le point que ne comprend pas Mme Shamian est que la discipline infirmière ne soit pas reconnue en France. Ceci représente pour elle une priorité absolue de la profession et cet objectif doit être poursuivi collectivement.

« Tant que la discipline ne sera pas reconnue en tant que discipline scientifique nous serons vus comme des cols bleus et non comme des cols blancs »

Concernant les protocoles de coopération, selon elle, ce dispositif accroit la charge perçue par le système   et   les   professionnels.   La   montée   en   puissance   de   l’ONI   doit   lui   permettre   d’examiner   ces   questions,   et   c’est   l’ordre   qui   devra   définir   qui   peut   faire   quel   type   d’activité.   Il   doit   donner   une   position nationale à ces délégations et sortir de la situation locale au coup par coup. Elle trouve peu constructif pour la profession ces initiatives qui restent locales.

La reconnaissance à un niveau de master : bien évidemment ceci doit être encouragé et elle apporte tout son soutien pour que les spécialités puissent accéder à ce grade. Par contre la profession   doit   s’engager   à   mieux   maitriser   la   langue   anglaise   afin   de   pouvoir   se   connecter   aux   réseaux  des  autres  pays  et  s’ouvrir  d’avantage  à  l’international.

Le conseil à ce propos est d’accentuer   l’implication   auprès   des   pays   anglophones, car dans les statuts du CII il y a des publications en Français et en espagnol mais la majorité reste en anglais. Ce réseautage permettrait de bénéficier de programmes, conférences internationales,   d’un   réseau   élargi et les IDE français pourraient passer de « good to great ».

Intervention de l’Ordre

Didier Borniche,   président   de   l’ONI prend   la   parole.   Il   rappelle   les   missions   de   l’ONI   qui   commence à trouver sa place avec 150000 inscrits. La jeune génération semble mieux comprendre la nécessité  d’un  organe  qui  régule  la  profession  et  la  représente.  Cette  dernière  a  longtemps  souffert   d’un  complexe  d’infériorité  et  le  temps  est  venu    pour  les  IDE  d’être  considérés  comme  partenaires  à   part entière du système de santé. L’ensemble de la  profession  doit  comprendre  qu’il  faut  se  fédérer   en conservant les spécificités de chacun et en opérant une synergie des forces professionnelles.

Une  des  missions  importantes  de  l’ONI  est  de  garantir  la  qualité  et  sécurité  de  soins, pour que l’usager puisse avoir confiance quand il se fait prendre en charge par un IDE. Son   rôle   n’est   pas   répressif   ni   coercitif   mais   il   se   veut   le   garant   de   la   moralité   et   qualité   des   professionnels.     C’est   le   2eme ordre professionnel de France derrière les médecins, et il ambitionne de devenir le premier, car il faut passer à la vitesse supérieure. Il est partenaire des institutions et le souhait du président est   que   la   profession   se   l’approprie,   car   il   n’est   pas     un   rival   pour   les   autres   organisations.   Le   trio   organisation professionnelle/syndicats/ONI doit fonctionner de concert : chacun a ses missions, en transversalité  et  il  n’y  a  pas  de  concurrence.   La porte reste ouverte pour amorcer un travail en partenariat.

P1100312En fin de réunion, B. Lecointre remercie J. Shamian pour cette journée d‘exception, qui restera mémorable dans la vie d’une infirmière. Ce que dégage Judith a permis de passer un moment merveilleux et consensuel, en accord avec des belles valeurs.

Judith Shamian a remercié pour l’accueil et dit que cette visite était une belle opportunité. « The first time but not the last ». Elle encourage la France à rejoindre le CII et à déposer des abstracts pour intervenir en plénière à Séoul (Corée), en juin 2015, et en Anglais….

Le partage et l’appui à l’ONI auront été les maîtres mots de cette réunion.

 

 

 

1 http://www.icn.ch/fr/
2 La  profession  d’infirmières  en  france : contexte et perspectives ; C. Debout. 2014

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