12 Avril 2015 – L’ANFIIDE dénonce la suppression de l’Ordre Infirmier Français

Logo CNOINON à la violence faite à la profession infirmière, NON à la violence faite aux patients !

Violence envers les salariés de l’Ordre, Violence envers les infirmiers, Violence envers les patients…  C’est avec stupeur que nous avons appris vendredi matin l’abrogation de l’Ordre infirmier français par le vote à 19 voix contre 10 de l’amendement N°517 présenté par Mme la député des Côtes d’Armor, Annie Le Houérou.  Passée la stupéfaction, d’autres qualificatifs nous viennent à l’esprit : colère, mépris, honte,….

COLERE de voir huit années d’effort anéanties en quelques minutes par 4% de la représentation nationale. Même si chacun reconnaît les difficultés rencontrées par la première gouvernance de notre institution, force est de constater que le plan de redressement de l’Ordre est aujourd’hui non seulement opérant au plan financier, mais porteur d’un rassemblement croissant auprès des infirmières et infirmiers de France, et constructif au regard des enjeux qui sous-tendent les réformes actuelles et à venir du système de santé.

Il faut du temps pour asseoir une gouvernance. L’ordre infirmier a tout juste 8 ans ! Ce temps pour construire, rassembler, communiquer, convaincre vient de lui être volé ! Aussitôt la loi promulguée par la représentation nationale le 21 Décembre 2006, l’Ordre infirmier a été attaqué de toutes parts par ceux-là mêmes qui ne voulaient pas sa création et qui depuis font preuve d’un activisme injustifié et malhonnête à son encontre.

L’ordre des infirmiers est jeune, bien jeune. Faut-il rappeler qu’il aura fallu près d’un demi-siècle pour que l’Ordre des médecins s’installe dans sa légitimité et son organisation actuelle ? Et l’on voudrait qu’une profession vieille d’un siècle à peine fasse mieux ?

HONTE de constater un déni flagrant de démocratie ! Comment une Loi relative à la santé et concernant plus de 65 millions de français peut-elle être discutée et votée par une trentaine de députés sur les 577 que compte l’Assemblée Nationale. Lors des échanges relatifs au vote de l’amendement N°517, il a été rappelé que « seuls » 168 000 infirmiers adhéraient à l’ordre sur les 600 000 environ que compte la profession. Cela représente plus du quart de la profession.

Alors que le Conseil d’Etat enjoignait récemment le premier Ministre de publier le Code de Déontologie des infirmiers, et que Mme Marisol Touraine elle-même défendait la nécessité d’une instance qui permettrait de favoriser, entre autres, le virage ambulatoire, 3% de la représentation nationale voudraient nous faire une leçon de démocratie ?

Si les politiques se demandaient encore pourquoi la population ne faisait plus confiance à leurs « représentants » et aux institutions, le simulacre de démocratie de jeudi soir apporte une réponse pathétique.

MEPRIS pour une profession qui mérite mieux en terme de reconnaissance que quelques paroles mielleuses dans un hémicycle désert. Le message envoyé aux infirmières, mais également aux autres Ordres, est totalement irrespectueux du travail accompli et des missions qui leurs échoient. Les infirmières, nous le savons tous, gèrent au plus près de la population la douleur, la souffrance et la mort. Mais les limiter à cela serait réducteur. Elles sont aussi des acteurs incontournables de la santé publique, informant, conseillant, éduquant, accompagnant au quotidien des personnes malades comme bien portantes. Nulle autre profession ne peut se vanter d’une telle proximité avec les citoyens. En cette période de transition épidémiologique qui voit exploser le nombre de patients atteints de maladies chroniques, imaginer pouvoir se passer d’une profession comme la nôtre serait irresponsable, pour ne pas dire suicidaire.

Tous les ordres professionnels ont pour mission d’investir le champ politique pour défendre l’ensemble d’une profession, en préserver et en garantir l’autonomie de ses membres dans l’exercice de leurs activités, dans le respect de la définition de son mandat social, de sa déontologie, de son territoire professionnel et du périmètre de ses activités.

Comment Madame Delaunay, députée et médecin, peut-elle oser déclarer à l’Assemblée Nationale le 09 Avril dernier pour justifier l’injustifiable que l’ordre «…ne valorise pas la magnifique profession des infirmiers et ne parvient pas à régler les problèmes internes ni même ceux relatifs aux patients et à la déontologie. » ? Oublie-t-on que l’ordre réunit 168 000 inscrits ? Oublie-t-on que le code de déontologie, après des années de procédure, vient seulement de lui être octroyé le 20 Mars 2015 par le Conseil d’Etat ? A-t-on l’audace de penser qu’en période de crise, où l’effort est demandé à chacun, que l’ensemble des missions régaliennes de l’ordre va être repris sans difficultés par des instances déjà encombrées ? Les pourfendeurs de l’ordre pensent-t-ils que l’ordre infirmier est moins honorable et moins utile que les autres ordres existants ? L’exception française se manifesterait donc aujourd’hui dans le refus d’un Ordre que la majorité des pays européens ont adopté et soutenu…

Les arguments énoncés par les députés détracteurs dans la nuit du 09 Avril sont non seulement fallacieux, à l’image de ceux de Madame Delaunay, mais aussi méprisant et irrespectueux pour l’énorme travail accompli par les assistants administratifs, juridiques, nationaux et régionaux, méprisant et irrespectueux pour les élus de l’ordre, méprisant et irrespectueux pour les professionnels et pour les étudiants infirmiers.

Ne vous y trompez pas Madame la Ministre ! Ce ne sont pas les infirmières qui méritent un Ordre, mais la population française. En supprimant l’ONI, ce ne sont pas les soignants que l’on pénalise, mais les soignés à qui l’on refuse l’accès à une profession régulée, l’accès à des professionnels réflexifs, compétents, autonomes et responsables, prodiguant des soins de qualité dans des conditions sécures étroitement encadrées par une déontologie et une éthique professionnelle.

L’ANFIIDE, association reconnue d’utilité publique depuis 1924, exprime sa profonde consternation face à une décision aussi lourde de conséquences. L’ANFIIDE soutient activement le maintien de l’Ordre infirmier français et demande à mesdames et messieurs les Députés et Sénateurs de reconsidérer la décision prise le 09 Avril et de s’inscrire dans une démarche citoyenne en permettant à l’Ordre infirmier de perdurer afin de garantir à tous les français l’assurance de soins de qualité qu’ils sont en droit d’attendre.

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